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Louée sois-tu terre de Foy : complément TDF sept.2015

6 septembre 2015 par Marie France R

Louée sois-tu, Terre de foy

« Louée sois-tu, sœur, notre mère la terre », chantait St François des hauteurs d’Assise au 12ème siècle. Du même site au 16ème, Montaigne en quête de « paix civile » perçoit au loin Foligno qu’il compare à Ste Foy. Avec « Laudato si », le pape François réactive par les mêmes paroles la doctrine sociale de l’Eglise à quelques mois du prochain sommet de la terre. Cela ne manque pas de nous interroger sur l’avenir du monde, de la France et de notre Périgord Foyen.

Cette sœur subit la violence des hommes qui se manifeste à travers les symptômes des maladies du sol, de l’eau, de l’air et des êtres vivants. Personne ne doute de cette réalité planétaire que les médias diffusent chaque jour, mais avons-nous pris conscience de cette violence sur nos terres de Foy ? Où, quand, comment prenons-nous le temps de chercher et observer ces symptômes chez nous ? « La terre, notre maison commune semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir ». L’effort pour le faire disparaître est-il suffisant ?

« Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie ». Qui donc pouvait imaginer il y a quelques années que nous serions amenés à douter de nos réserves en eau ? Qui donc aujourd’hui a repéré les symptômes qui indiquent que ce n’est pas la quantité mais la qualité de l’eau qui est menacée ? « Nous ne pouvons pas affronter la dégradation de l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux causes qui sont en rapport avec la dégradation humaine et sociale ». Le délitement du lien social en quelques décennies en milieu rural, la disparition dans le même temps des « communautés de base », la suppression des « petits centres » -lieux de rencontre du quotidien- ont transformé cet espace convivial et solidaire en une banlieue sans âme et nos petites villes en « zones de sécurité prioritaire ».

« Il ne sert à rien de décrire les symptômes de la crise si nous n’en reconnaissons pas la racine humaine. La méthode scientifique est déjà explicitement une technique de possession et de domination. On a tendance à croire que tout accroissement de puissance est en soi un progrès ». La technique, enjeu du siècle si bien décrit par Jacques Ellul est devenue « un système technicien autonome ». Nos terres de Foy illustrent profondément cette évolution en un demi siècle : d’une société paysanne qui permettait à de vivantes communautés d’espérer lentement se développer, nous sommes rapidement passés à une « désespérance croissante ».

Quelles leçons « Laudato si » en tire-t-il ?
« Le fait est que l’homme moderne n’a pas reçu l’éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir parce que l’immense progrès technique n’a pas été accompagné d’un développement de l’être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience ». Pourtant durant tout ce temps nous disposions d’un Ministère de l’Education et des mouvements de jeunesse et d’éducation populaires laïques et religieux. Que sont-ils devenus en Pays Foyen ? Qu’est devenue la Promotion Sociale collective ? Qu’est devenue la Formation à l’Education Permanente pour tous inscrite dans la loi ? Si ce ne sont pas les structures et les moyens qui sont en cause, faut-il examiner les méthodes utilisées ?

« La fragmentation des savoirs sert dans la réalisation d’applications concrètes mais elle amène en général à perdre le sens de la totalité des relations qui existent entre les choses. La vie est en train d’être abandonnée aux circonstances conditionnées par la technique. Cependant il est possible d’élargir le regard et la liberté humaine est capable de limiter la technique ». Comment l’homme en société peut-il contrôler ses techniques au lieu d’être asservi par elles ? « Il n’y aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau, sans anthropologie adéquate. Pour cela il faut garantir une discussion scientifique et sociale qui soit responsable et nommer les choses par leur nom. » Dès le début des guerres civiles du XVIème siècle, l’enfant du pays Michel de Montaigne s’intéresse à l’art de conférer et nous laisse quelques repères : « Mieux vaut une tête bien faite que trop pleine …nous ne devenons hommes et ne tenons les uns aux autres que parole qui est moitié à celui qui la donne moitié à celui qui l’écoute. Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ».

Puisqu’il s’agit d’éducation et que nos institutions paraissent absentes, que nous reste t-il ? Jacques Delors dans son livre testament « l’unité d’un homme » dit : « la valeur essentielle est la valeur de la communauté, c’est-à-dire notre capacité à créer un lien fraternel. Des communautés fraternelles pour retrouver un équilibre entre la personne et des communautés ouvertes à plusieurs niveaux… Sans des communautés de base il n’y a pas d’éducation possible ici et maintenant en temps utile ». Mais vous savez, conclut Jacques Delors : « Il existe deux définitions de l’éducation : une stricte qui réduit l’éducation au système d’enseignement et à l’autorité du maître et une définition plus large où l’on est à la fois enseignant et enseigné tout au long de la vie ». L’ancien Président de la Communauté Européenne désigne un moment qu’i l connaît bien car il a fait ses premières armes dans les mouvements d’éducation populaire et tout particulièrement la JAC, la JEC et la JOC. Les techniques utilisées sont des techniques éprouvées de par le monde depuis longtemps et agrées par l’état en France. Oubliées par le progrès des 30 glorieuses, elles paraissent annoncer une renaissance un peu partout sur notre terre. Ainsi le Dr Lamboray raconte comment il a découvert des réussites exceptionnelles dans 3 territoires d’Afrique et d’Asie et d’Amérique alors que le reste du monde réclamait davantage de crédit et de moyens ! Chaque fois c’est par le recours à l’éducation populaire ! Plus récemment en Janvier 2015 après l’évènement Charlie qui a rassemblé de millions de manifestants, l’on ne trouve qu’un recours à l’éducation avec des méthodes adaptées. Un jeune philosophe Abdennour Bidar lance son « Plaidoyer pour la Fraternité » : la liberté et l’égalité sont en danger si on oublie la fraternité. Merci Père François de nous rafraîchir la mémoire !

Béni sois-tu Terres de Foy qui nous offre aujourd’hui ce fabuleux chantier éducatif pour une renaissance de communautés fraternelles. C’est notre micro contribution locale au « changement presque radical du comportement de l’humanité » qui nous est proposée « car nous et tous les êtres de l’univers sommes réunis et formons une famille universelle, une communion sublime. »

Les lecteurs que ce texte interroge sont invités à s’adresser à Terres de Foy pour continuer à faire fructifier la réflexion et sa mise en œuvre sur notre territoire.

Christian Raucoule

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