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Silence (Terre de Foy n° 34 complément)

12 avril 2017 par Gilles

Il est lourd, le silence de l’imprimerie de ce petit journal dont les rotatives ont cessé de tourner. L’agitation nocturne s’est tue, à jamais. L’odeur de l’encre s’efface déjà, peu à peu… La dernière édition est définitivement bouclée. Il est lourd, le silence de l’usine dont les machines ne martèlent plus les heures. Les bruits mécaniques, le brouhaha constant, les coups de gueule, les coups de fatigue, c’était hier, avant la crise …

Il est lourd, le silence de la salle de classe, maintenant vide de ses élèves. Un dernier rayon de soleil éclaire le dernier rang où chuchotaient deux gamins il y a cinq minutes encore. Les rires se sont éteints. La clef tourne dans la serrure, le professeur remonte le long couloir, dépose son trousseau et s’en va. Sans oser se retourner.

Il est étrange, le silence de la petite gare pyrénéenne aux rails usés, aux vitres brisées, au sol jonché de prospectus dispersés par le vent. Les quais accueillent maintenant les oiseaux, comme derniers voyageurs.

Il est lourd, le silence du carreau de la mine : les chevalets ne tournent plus, les wagonnets ne bringuebalent plus, les gueules noires ont abandonné « la salle des pendus ». Le vieux terril, seul, veille encore ce décor fantomatique.

Mais il est fébrile, le silence de la loge, juste avant les trois coups. L’artiste se concentre, rentre en lui-même. Le monde n’existe plus. Mozart, Mozart seul l’habite. Une bulle de silence le protège.

Il est intense, le silence de la chapelle où prie la mère inquiète dont l’enfant attend la greffe salvatrice, où médite le prêtre préparant son sermon, où réfléchit le croyant devant prendre une décision.

Il est doux, le silence de ce sous-bois printanier que le photographe a troublé de sa promenade indiscrète et qui renaît peu à peu à la vie dans les pépiements timides des oiseaux haut perchés.

Il est vivant, le silence de la nuit, peuplé de petits bruits que notre oreille perçoit peu à peu, les uns après les autres.

Il est vertigineux, « le silence éternel des espaces infinis » du ciel qui nous surplombe. Insondable, grandiose. Il nous dépasse et nous fait mesurer notre finitude. Il nous renvoie à nous-mêmes.

Il est apaisant le silence qui suit une journée de dur labeur, d’agitation, de stress, de contrariété. Il est régénérant, il permet de refaire ses forces. Contrairement à ce que pensent les plus jeunes pour qui le bruit c’est la vie, le silence, le calme permettent d’être soi-même, de se retrouver, en-dehors des sollicitations, des confrontations, des luttes, ou pour s’y préparer. Il permet de faire le point, de réfléchir, de se ressourcer, d’éviter de se disperser…

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