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Complément Terres de Foy juin 2017

30 juin 2017 par Marie France R

ELOGE DES SIMPLES : UN CONTE MODERNE

Cela se passait il y a bien longtemps, dans les années 1990 lors du contournement de la bastide de Ste Foy la Grande par le sud. Ce projet provoqua des rencontres inédites comme la visite d’un ingénieur des routes chez cette vielle dame originale qui pensait avoir trouvé un refuge éloigné de la convoitise des hommes. En effet, sa terre se trouvait sur le trajet de la nouvelle route. C’est là qu’elle cultivait son jardin, florilège improbable de « mauvaises herbes » et de légumes domestiqués. L’achillée mille-feuille, la sauge des prés, la scabieuse des champs, la verveine officinale conversaient en bonne intelligence avec ici une rangée de poireaux, là une touffe d’artichauts, plus loin des courgettes joufflues et des potirons coureurs. Toutes rivalisaient de beauté, d’énergie, d’inventivité. Les unes se destinaient à la protection du sol ou au soin de leurs congénères, les autres à la santé des cueilleurs et à la consommation humaine. Deux mondes se côtoyaient sans s’affronter. La dame prit la parole : « Comment pouvez-vous décider avant d’avoir entendu les plantes, les bêtes et les gens qui vivent ici ? ». « ???!!! ». « Je vais vous présenter à eux ». « Euh… ». « Si, si, suivez-moi ».

L’assemblée du peuple des herbes, des fleurs, des insectes, des oiseaux se fit entendre : les timbres flutés et limpides de l’alouette lulu résonnèrent très haut dans le ciel, les myriades de feuilles des arbres chuchotèrent leurs secrets de feuilles, les pétales des fleurs s’accordèrent aux ondes lumineuses du soleil, les coccinelles s’invitèrent au débat. Le peuple voyageur des insectes volants dénonça les dangers des pesticides, des répulsifs et autres toxiques mortifères. Bousculé dans ses croyances, fasciné par la découverte de la richesse infinie de la complexité du vivant, il réalisa que des mondes coexistent, interagissent, que des liens invisibles se tissent sans fin dans le mystère de la vie du sol et les vibrations de l’air. La jardinière l’invita à retrouver des senteurs oubliées, à admirer des images de la rosace harmonieuse d’une goutte de rosée, des photos de structures de cristaux de glace transformés par une sonate de Mozart. Elle lui confia un précieux flacon d’eau dynamisée destinée à soigner les mondes du vivant. Il sentit à quel point la nature vibrait à l’unisson de la conscience qui l’observe.

Ne sommes-nous pas tous conviés à cette prise de conscience ? Nous pouvons agir très simplement. Depuis les fameux parcs perses « paraidisos », modèles du paradis de la Bible, notre vision du jardin est restée création artificielle, restitution aseptisée de la vraie nature. La puissance de la technologie et l’expansion démographique ont considérablement réduit les espaces sauvages. Où sont passés les bleuets d’antan, les champs de coquelicots dont les couleurs enchantaient notre regard d’enfants ? Heureusement, l’idée de jardin est en train d’évoluer et le nombre de « jardiniers naturels » ne cesse de croître. Le plus beau réseau de réserves naturelles ne pourra rien sans des îlots de végétation spontanée, même perdus dans un océan cultivé et urbanisé. Quelques gestes simples peuvent y aider : bannir toute chimie, inviter la nature au jardin si petit soit-il sous forme de fleurs rustiques, décoratives et mellifères, préserver et créer des oasis de « nature ordinaire », ce que préconisait déjà le décret Herbularius de Charlemagne il y a bien, bien longtemps.

A. Bertoni

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