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Supplément à Terres de Foy de Septembre

20 septembre 2017 par Patrice

Sœur Catherine Lesage nous parle à cœur ouvert de sa vocation et de sa vie. Un grand moment de sincérité.

Je suis Sœur Catherine Lesage, oblate de l’Assomption, depuis 21 ans.
Je me suis toujours demandé si c’était moi qui avais fait ce choix… ou bien si c’est Dieu lui-même… En effet, le désir a toujours été en moi, depuis très jeune, dès l’école primaire…
Mon premier souvenir où je parle de ce désir remonte à mes 8 ans, j’avais signalé cela « comme le métier que je voulais faire plus tard » à mon institutrice, elle-même religieuse.
Une phrase m’avait parlé au caté : « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », c’est dans l’évangile de saint Jean… : je voulais donner ma vie moi aussi. Le témoignage de cette institutrice n’était pas pour rien dans ce désir, je la trouvais heureuse, souriante, bienveillante, j’avais envie moi aussi d’être heureuse, souriante, bienveillante...
Ce qui est étonnant, c’est qu’au long des années, ce désir est toujours resté là. Ça partait, ça revenait… mais en fait, il était toujours là au fond de mon cœur, et j’en parlais régulièrement… à l’adolescence, au lycée, à la fac….
Ma vie de jeune chrétienne a été marquée par la participation à des activités d’Eglise : aumônerie paroissiale au village, aumônerie au lycée, puis, quand j’étais étudiante : mouvement des Focolari, Mej… Dans tous ces lieux les prêtres, religieux, religieuses étaient présents, je n’ai cessé de les côtoyer et mon désir s’est fortifié…

A 22 ans, j’ai habité une communauté qui accueillait des étudiantes qui se posaient la question de la vie religieuse, nous étions 8 jeunes, c’était justement chez les Oblates de l’Assomption. Cependant, ce n’était pas forcément chez elles que je me sentais appelée, c’était un lieu pour réfléchir, discerner. Tout en vivant là, j’ai cherché à droite et à gauche, mais toujours les événements, que j’ai lus comme « la main du Seigneur » me ramenaient chez les Oblates.
J’ai alors compris que c’était là qu’il m’attendait, qu’il fallait que j’arrête de courir ailleurs, c’était comme si j’acceptais une partie de la proposition : OK, je te suis, mais c’est moi qui choisis où et comment !... Bref, je te donne ma vie, mais à ma manière ! J’ai toujours pensé que c’était l’orgueil qui me faisait réagir ainsi. Quand j’ai accepté toute la démarche : OK, être sœur, OK, chez les Oblates de l’Assomption, la paix c’est installée dans mon cœur. Alors j’ai fait ma demande, et j’ai été acceptée. On pourrait croire que ça s’est vite fait, ce choix… mais si je vous racontais tous les détails, ce serait beaucoup trop long.
J’ai vite su que j’étais bien à ma place dans cette congrégation, où j’aimais sa largesse d’esprit, si je puis dire. Notre fondateur nous voulait « catholiques avant tout », pas d’esprit de chapelle replié sur lui-même, mais un esprit large, ouvert, qui intègre différentes spiritualités… La variété des sœurs, des apostolats peut dérouter, mais en fait, c’est je crois, ce que j’aime. Nous vivons souvent en communautés internationales, inter-générations, inter-culturelles. Je pense que c’est la joie et l’internationalité qui m’ont le plus attirée. 

Les principales difficultés de ce type de vie ?
Elle est marrante, cette question. C’est comme si vous me demandiez quelles sont les principales difficultés d’une vie de couple !

En fait, difficile de répondre à cette question… Bien sûr, nous faisons des vœux de pauvreté, chasteté, obéissance… ce qui est à contre-courant de nos tendances naturelles qui recherchent la sécurité dans l’avoir, dans l’amour, dans l’indépendance… Cependant, je découvre à quel point ces vœux nous ouvrent à une liberté plus grande. Posséder peu pour ne pas être esclave, gérer nos relations pour rester ouverte et apprendre à aimer en vérité, faire confiance dans l’obéissance pour des missions que l’on ne choisirait pas forcément… Se remettre dans les mains de Dieu, chaque jour.
Ça ne se fait pas en un jour, et j’ai encore beaucoup à apprendre, à progresser sur ce chemin de la pauvreté, de la chasteté, de l’obéissance… ce sera sans doute le travail de toute ma vie !

La principale difficulté, pour moi, c’est celle de durer dans la joie et l’enthousiasme du premier amour ! Oui, la question du « rester fidèle dans la durée » dans une société de l’éphémère, du jetable, de l’instant présent, pas si facile !
En effet, dans la vie religieuse, comme dans toute vie, on passe par des hauts et des bas, on passe par des déserts, des doutes, des questions. Je pense qu’il doit en être de même pour tout le monde. Alors, à la première difficulté sérieuse, on fait demi-tour ? C’est tentant, je l’avoue !

J’ai été frappée de l’insistance du Pape François dans son encyclique « la joie de l’Evangile » sur la crise des agents pastoraux… sur la monotonie, l’acédie… De même dans ses textes aux religieux et religieuses à l’occasion de l’année de la vie consacrée ou des homélies destinées aux séminaristes, aux jeunes religieux… : revenez toujours à la source… Revenez au temps de l’appel… de votre appel.
Le Pape nous invite à sortir de nos « canapés », à aller « aux périphéries »… à nous laisser bousculer… Pour moi, les belles communautés, ce sont celles qui savent se laisser bousculer dans leur quotidien, laisser place à l’inattendu…

Les joies de la vie religieuse ?
La vie religieuse est une vie où on se laisse transformer, travailler par la prière mais aussi par ce qu’il nous est proposé de vivre. Il me semble que c’est la vie communautaire qui est source des plus grandes difficultés comme des plus grandes joies. Accueillir tout homme comme un frère ou une sœur, et en particulier, celui de ma propre maison, celle qui est nommée dans ma communauté et avec qui je n’ai pas choisi de vivre mais que le Seigneur me donne d’apprendre à aimer.
Dans la vie religieuse, nous avons beaucoup d’occasions de nous former, nous participons à beaucoup de sessions, de rencontres, etc… : le dialogue, l’interculturalité, la connaissance de soi, les vœux, le discernement, etc…
Une de mes plus grandes joies se trouve dans l’accompagnement. Des personnes viennent se confier à vous pour découvrir le travail de l’Esprit dans leur vie… Et vous êtes témoin des merveilles que Dieu fait quand l’homme se laisse toucher…

Comment vivez-vous l’absence de maternité ou de relation maritale ?
Cela dépend des moments… Au début, quand je voulais être religieuse, c’était avec un grand désir de m’occuper des enfants d’Afrique ! Pourquoi cela, je n’en sais rien, sans doute parce qu’une tante avait vécu 2 ans au Dahomey (ex Burkina Faso) et que je trouvais que les « bébés noirs » étaient les plus beaux bébés du monde ! En tout cas, quand le Seigneur m’a séduite, les enfants n’étaient pas étrangers à mon désir d’avoir beaucoup d’enfants à aimer, à pouponner, à faire grandir ! Et puis cela n’a pas eu lieu, ni en Afrique, ni ailleurs… J’ai fait un peu de caté et d’aumônerie avec des enfants, mais c’est tout. En fait, c’est étrange, avoir mes propres enfants n’a jamais été pour moi un désir profond…
Par contre, la romantique que je suis a parfois la nostalgie de ne pas connaître l’amour humain. Ces moments sont rares et passagers, je reviens alors à la tendresse de Dieu et à son amour pour moi. Je sais que seul l’amour de Dieu peut combler mon cœur…

Avez-vous eu des moments de doute sur ce choix ?
La crise de la quarantaine ! Tout à l’heure, je vous parlais de l’insistance du pape à retrouver la joie et le dynamisme des premiers temps… Si le sel s’affadit avec quoi le salera-t-on ? Une des principales maladies de la vie spirituelle s’appelle l’acédie… perte de goût parce que perte de foi. On fait les choses par habitude. Je suis passée par ces moments-là, à ne plus savoir si le Christ était toujours présent dans ma vie ? à ne plus aimer la routine de l’office, à ne plus accepter les exigences de la vie communautaire… L’accompagnement spirituel, les retraites, le soutien fraternel, la fidélité m’ont permis de traverser cette crise. Les fameux « hauts et bas » font partie de nos parcours, à nous aussi. Le meilleur remède, la confiance, le dialogue, la fidélité, l’espérance, l’attente que la nuit se termine et laisse place à la lumière, la certitude que la résurrection sera au bout du chemin !

Qualifier ma relation à Dieu, à Jésus, à Marie
Dieu Père, c’est pour moi, la raison de ma vie donnée au Christ. Le Christ est venu nous révéler que nous sommes aimés d’un amour fou par le Père. Recevoir cet amour et en vivre. Mais cela ne peut se faire que par le Christ : « En lui, par lui et avec lui », disons-nous à la messe, « Il est le chemin, la vérité et la vie ». Le Christ est celui qui m’indique ce qu’est aimer, comment aimer. Pour cela, il me faut méditer sa Parole, sa vie, sa relation au Père, et entrer dans son mystère d’amour pour apprendre à aimer comme il aime, me rendre complètement disponible comme lui pour accomplir la volonté du Père…
Marie, je la prends comme modèle de disponibilité, je la prie souvent par le chapelet, une prière simple.

Comme je l’ai dit au début de cet interview, je suis « oblate de l’Assomption », c’est le nom de ma congrégation. Oblate signifie « offrande », et j’ai choisi de m’appeler « Sœur Catherine de la Présentation de Jésus au Temple »… Vous savez, c’est ce passage de l’Evangile où Marie et Joseph vont présenter Jésus bébé au Temple. J’imagine alors la scène : Jésus dans les bras tendus de Marie qui le présente au prêtre… C’est pour moi le signe de la disponibilité du Christ, porté par Marie… Pas facile de se rendre disponible, pas facile de se laisser bousculer, pas facile de répondre « présent »… apprentissage de toute une vie que cette disponibilité au Père.

C’est le chemin de toute une vie ! Pour moi, la foi est un chemin, une école… la vie religieuse comme oblate de l’Assomption est la voie qui m’a été donnée pour me mettre à l’écoute du Seigneur, au service des autres, pas en faisant des choses extraordinaires, mais en essayant d’aimer, là où je suis.

Je ne regrette pas mon Oui, je me sens heureuse et pense rendre heureuse aussi. Je terminerai par ce chant :
« Prends ma vie, Seigneur, prends ma vie,
que ma vie soit prière,
prends ma vie, Seigneur, prends ma vie,
que ma vie ressemble à ta vie,
que ma vie ressemble à ta vie ».

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