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Terres de Foy décembre 2017- complément 2

2 décembre 2017 par Marie France R

Naître une seconde fois

Entourée de ses trois enfants, Catherine, souriante, m’attend au square, elle accepte de me parler de la naissance de sa première petite fille.

« Lorsque nous nous sommes mariés avec Fred notre premier désir était de faire ensemble un trek dans l’ouest américain, c’était un rêve d’adolescents que nous allions enfin finaliser. Je tombais enceinte 2 mois plus tard. Ce n’était pas ce qui était prévu : adieu Los Angeles, le grand Canyon ! Extérieurement j’avais l’air d’être heureuse de ce qui m’arrivait, à l’intérieur c’était la colère. Je me sentais prise au piège pour neuf longs mois, c’était trop tôt pour moi, je n’osais pas le dire mais mon corps lui s’exprimait : ma grossesse fut très pénible jusqu’au bout. Lorsqu’enfin le terme arriva, tout changea quand je reçus ma petite fille dans mes bras.

Tout d’un coup je ne faisais plus aucun lien entre elle et ce que j’avais vécu ces derniers mois, seul le présent existait. Elle emplissait mes yeux, mon univers, mon coeur, il me semble que l’infirmière parlait mais je n’entendais pas. Je n’osais pas déposer un baiser sur son visage, elle dormait, ses yeux paisiblement fermés sur un monde qui, me semblait-il n’était pas encore tout à fait le nôtre. Je remarquais avec émerveillement les minuscules ongles de ses doigts fuselés. C’était comme un rêve.

Lorsqu’on me la ramena, un peu plus tard, ses yeux étaient grand ouverts, elle me regardait attentivement, cela m’impressionna, que pouvait-elle voir de moi, en moi peut-être ? « Essayez de la nourrir » me dit la sage-femme. Sans hésitation, sa petite bouche saisit le bout du sein que je lui présentais maladroitement et, poings serrés, elle se mit à têter avec une énergie étonnante. Je me sentais pour la première fois en fusion totale avec elle. Mais cela me dépassait, nous étions aussi en symbiose avec les minuscules feuilles qui naissent des bourgeons, les chatons agglutinés sur le ventre maternel, le poulain oscillant sur ses pattes pour se mettre à têter. Je participais en toute conscience à cette énergie du monde.

Ce bébé me donnait tout et je me sentais prête à tout lui donner. Son petit poing appuyé sur mon sein, c’était un pacte entre nous deux. Sa naissance me faisait naître à une vie où non seulement je ne regrettais plus rien mais où je participais à une action de grâce pour la création toute entière. »

 Propos recueillis par Nelly Ancelin

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